Le Manifeste de la Fabrique

Faire de l’existant une ressource pour sortir de l'ornière

Longtemps, nous avons beaucoup jeté : nos emballages plastiques, les couches de nos enfants, les assiettes trop pleines, nos vêtements démodés, les livres que personne ne lira plus... nous avons bien cherché à réagir,   mais nous sommes emportés par cette époque ostentatoire où l'obsession du "fast" et du "faste" épuise nos ressources et transforme des bouts entiers de territoire en cimetière d'objets.

Pour tenter un pas de côté, il va falloir décélérer, sortir de la nouveauté à tout prix, déconstruire le fastueux comme porte d'entrée du paradis. Le toujours plus vite, plus loin, plus haut comme ligne d'horizon doit être réécrit pour qu'on ne se cogne pas trop violemment au réel et qu'un jour le jour du dépassement ne commence pas un 1er janvier!

Les objets que conçoit et produit la Fabrique Pointcarré racontent cette obligation collective, traduisent en acte cette nécessaire bascule. Ils racontent l'envie de faire des objets simples, utiles accessibles, des objets discrets et basiques qui participent à ralentir le rythme en faisant tourner en rond les matières pour éviter le "Drill, baby, drill" d'un extractivisme sans conscience du lendemain.

Travailler au rythme de la matière et des savoir-faire existant et en devenir...
À la Fabrique Pointcarré, tout commence par un autre regard sur ce qui nous entoure : ce qui a déjà servi, ce qui a été écarté, ce qui reste disponible et pourrait trouver un nouvel usage.
En Seine-Saint-Denis,
la Fabrique Pointcarré travaille à partir de gisements locaux - parquets déposés, papiers délaissés, bâches publicitaires - autour desquels se rencontrent personnes en parcours d’insertion, artisans, designers et professionnels.
Pour chaque matériau, il faut remonter les filières, identifier ce qui est disponible ou peu valorisé, comprendre ses propriétés et imaginer ce qu’il peut devenir. Un travail d’exploration et d’expérimentation qui permet d’adapte  les gestes, de développer de nouveaux procédés et de faire émerger de nouveaux objets.

Car produire autrement engage aussi celles et ceux qui fabriquent. Au sein de l’atelier, le travail de la matière devient un espace d’apprentissage et de transmission. Les savoir-faire se partagent, les gestes s’acquièrent et évoluent au contact de matériaux qui demandent parfois de réinventer les façons de faire.
Cette approche relie ainsi plusieurs enjeux : donner une nouvelle valeur à des ressources locales, transmettre des compétences et rendre possible une production ancrée dans son territoire.